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Interview avec Jérôme Salle – réalisateur de L’Odyssée

Jérôme Salle 2

Foto: Sara Karlsdotter de Costa

De passage au Göteborg Film Festival il y a quelques semaines, Jérôme Salle, réalisateur et scénariste de L’Odyssée, s’est entretenu avec Franska Filmfestivalen.

A quel moment est née l’idée de ce film sur le Commandant Cousteau ?

Son idée est née il y a presque huit ans maintenant. J’ai dû me livrer à un vrai travail journalistique pour écrire le scénario. J’ai souhaité prendre le temps de me documenter sur Jacques-Yves Cousteau, de ne pas me contenter de lire ce qui avait été écrit sur lui, mais surtout de rencontrer sa famille et les personnes qui l’avaient connu. Une fois ce travail de recherche effectué et l’écriture d’un scénario qui me satisfaisait, il a fallu du temps ensuite pour financer le film et le tourner. Le tournage s’avérait en effet risqué puisque l’on cumulait à peu près tout ce qui pouvait être cauchemardesque pour un tournage : un tournage dans un bateau, sous l’eau, en Antarctique… Pour toutes ces raisons, en effet, il se sera écoulé huit années entre l’idée de départ et la sortie du film.

Comment s’est déroulé ce travail de recherche sur Cousteau, tant sur le « Commandant », le personnage public, et Jacques-Yves Cousteau, l’homme sous son bonnet rouge ?

J’ai rencontré toute la famille de Cousteau sans exception : son fils Jean-Michel, ses deux enfants, la veuve de Philippe Cousteau, son neveu… Il y a plus de « Cousteau » dans mon répertoire que de personnes de ma propre famille ! Je me suis également entretenu avec de nombreux anciens du Calypso, les historiques et les évidents, mais également d’autres moins connus certes, mais que je me devais de rencontrer. Toutes ces rencontres m’ont permis d’avoir une vision à la fois multiple et d’ensemble de la personne du Commandant Cousteau. Bien que surmédiatisé, il était quelqu’un de mystérieux, qui a su garder son intimité cachée.

Comment avez-vous réussi, alors, à découvrir l’histoire de la relation entre le Commandant et son fils Philippe ?

Grâce à la fois au livre de Jean-Michel Cousteau, le fils ainé, qui traite notamment des rapports conflictuels que Jacques-Yves ait pu avoir avec Philippe ; et par le biais des longs entretiens que j’ai pu avoir avec la veuve de Philippe. Ce sont ces témoignages qui m’ont permis de comprendre l’importance de leurs rapports et qui m’ont inspiré dans l’écriture du scénario. Par ce prisme, je pouvais ainsi traiter d’un sujet central dans la vie de Cousteau : la naissance de sa conscience écologique grâce à la confrontation entre sa génération et celle de son fils. Grâce à son fils, son regard d’homme né au début XXe siècle, élevé en lisant des livres de Jules Verne lui dictant que tout progrès était positif et que l’être humain n’avait pas de limite, a pu fondamentalement changer.

Comment s’est déroulé ce tournage, entre terre et fonds sous-marins ?

De façon épique ! Ce fut une expérience tournage vraiment exceptionnelle et le retour à la vie réelle compliqué. Nous avons tous eu, acteurs et techniciens, le sentiment d’avoir vécu un tournage que l’on ne revivra sûrement jamais. Nous avons commencé le tournage en Croatie début septembre 2016 et nous avons terminé avec la scène des requins, tournée aux Bahamas, cinq mois plus tard, en janvier. Le tournage sous l’eau s’est révélé être un vrai défi technique mais aussi une expérience humaine intense. Je suis surtout très fier d’avoir pu aller en Antarctique avec toute l’équipe. Il y avait là quelque chose de très « Cousteau » dans l’esprit. Nous partagions les cabines tous ensemble, nous aidions aux opérations logistiques liées à la vie sur un bateau, nous gérions la machinerie… Plus qu’une équipe de tournage, nous étions un vrai équipage !

Le choix des acteurs s’est-il imposé assez facilement ?

Celui de Pierre Niney oui. Nous nous connaissions depuis longtemps et il était attaché au projet du film dès le départ. Le choix d’Audrey Tautou s’est également imposé très rapidement. Pour le rôle de Cousteau, Lambert Wilson était une évidence de longue date mais le scénario de départ, qui commençait à l’âge de 25 ans pour Cousteau, rendait compliqué de lui proposer le rôle. J’ai donc réécris le scénario pour que Lambert puisse être casté.

Surtout, Audrey Tautou semble incarner Simone Cousteau à la perfection !

Oui, elle a vraiment réussi à capter le personnage. Nous ne nous sommes rencontré qu’après qu’elle ait reçu le scénario et dès notre première entrevue, j’ai eu la sensation qu’elle avait instinctivement perçu l’essence de Simone Cousteau. Avant la sortie du film, nous avons réalisé une projection à Marseille pour les anciens du Calypso. Tous vouaient une admiration pour Jacques, mais ils aimaient sincèrement Simone. Ils ont tous été bouleversé par le film, ont trouvé Lambert formidable, mais ont surtout eu la sensation de voir Simone à travers Audrey. Elle a capté quelque chose de vrai, d’intérieur. On le ressent immédiatement.

Plus globalement, quelle a été la réaction des anciens du Calypso lors de cette projection ?

Très bonne ! J’en étais évidemment inquiet. C’était leur histoire qu’ils allaient voir à l’écran. Je les avais avertis qu’ils ne la retrouveraient peut-être pas en tout point identique, mais tous en ont été très heureux et touchés. La famille Cousteau aussi, contente que le film existe et que Philippe soit mis sur le devant de la scène. Peu de personnes en effet le connaissaient. Leurs avis ont beaucoup compté. Durant toute la durée du tournage, je me référais à eux, notamment à François Sarano, ancien bras droit de Cousteau, qui était avec nous sur le bateau et qui a doublé Lambert sur les plongées.

Quels sont maintenant vos prochains projets ? Un tournage en Suède, peut-être ?

Pourquoi pas ! C’est la première fois que je viens mais je connais un peu le pays visuellement. Il y a effectivement un univers que j’aime beaucoup, un hiver de conte de fée dans le nord qui pourrait être un très beau décor pour un prochain film !

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